Réactions aux inondations

keraunos.org

Difficile de ne pas réagir à certains propos après les épisodes pluvio-orageux de ces derniers jours.

 

Depuis le 17 septembre dernier, les orages violents se sont abattus dans notre région. Les épisodes cévenols sont rentrés dans le vocabulaire des journalistes et maintenant les Cévennes vont être associées à ce phénomène climatique alors que toutes les plaines méditerranéennes bordées de reliefs présentent la même configuration. L’Espagne, l’Italie, les Balkans, l’Algérie, la Turquie et j’en passe, tous ces pays ont connu des orages de grande violence dans leur histoire.

La presse relaie des informations et ouvre des débats qui méritent d’être commentés. On entend toujours les mêmes poncifs et parfois des inepties. J’ai essayé d’en reprendre quelques uns.

 1- Les systèmes d’alerte ont été très efficaces, la preuve on ne dénombre pas de morts.

 C’est vrai qu’on ne dénombre pas de victimes et on ne peut que s’en réjouir. Mais de là à dire que les systèmes d’alerte ont fonctionné…

Pour commencer, malgré les énormes progrès des spécialistes météorologiques, la modélisation de ces cellules orageuses est très difficile. Pour faire simple, on sait qu’elles se créent, qu’elles arrivent, mais impossible de donner des horaires précis et parfois à cinq kilomètres près, on se trompe sur l’intensité des précipitations. La preuve à Nîmes, dans la nuit du 9 au 10 octobre, la différence de hauteur de précipitations entre le nord et le sud de la ville est tout bonnement incompréhensible.

Cela dit, les alertes sont curieusement prises par les autorités. Le Gard aurait du être placé en alerte rouge dès le vendredi matin au regard des énormes dégâts observés durant la nuit et des gros problèmes de circulation. Il a fallu attendre plusieurs heures pour prendre cette décision.

Et puis, ironie de ces fléaux climatiques, il ne s’est plus rien passé pendant les deux jours qui ont suivi. De toute façon, dans ces situations il vaut mieux être très prévenants n’en déplaise à certains élus locaux. Le maire de Grabels (commune autour de Montpellier) regrettait l’autre matin sur les ondes d’une radio l’excès de prévention qui avait stoppait toutes les manifestations de son village le week-end en question. Il faut croire que cet élu à la mémoire courte et que je préfère cet excès à un accident de bus de scolaire.

Il est clair que notre économie, notre vie sociale doivent apprendre à composer avec ces risques comme le font les canadiens en cas de fort blizzard et de tempête de neige.

Il faut, cependant, saluer la mobilisation très forte de la sécurité civile et la responsabilité des élus locaux pendant toutes ces heures interminables.

Saluer, aussi, la modernité de la communication. Lors de la catastrophe de 2002, nous ne disposions pas des réseaux sociaux, aujourd’hui en temps réel on peut connaître les routes coupées, les problèmes, les assistances …. De manière bien plus efficace et réactive que les systèmes proposés par les services des routes ou de la Préfecture. Mais pour cela, les antennes relais doivent fonctionner parfaitement, malheureusement les coupures sont nombreuses pendant ces épisodes. L’urgence dans ces situations reste bien la continuité des services de télécommunication quitte à trouver des relais comme le font naturellement les organisateurs de grands salons qui connaissent de grandes concentrations d’appels à un endroit donné. Les solutions techniques existent et elles sont toutes aussi importantes que la présence physique des pompiers.

 2 – C’est l’urbanisation qui est responsable de tous ces problèmes.

 Probablement que la pluie qui tombe sur les espaces urbanisés provoque plus de dégâts et que le ruissellement qui en découle est désastreux. Mais, soyons lucides : 300 mm d’eau en 3 heures (100 l/m2/heure) c’est ce qu’il est tombé à Montpellier, reste un niveau très élevé de précipitation. Si je prends la même intensité et je me pose en plein milieu d’une zone naturelle, même dans une nature intacte sur des milliers d’hectares autour de moi, je finirai par avoir les pieds dans l’eau et peut-être même les genoux et les jambes dans les points bas. La nature peut absorber de l’eau mais soyons honnêtes de telles quantités d’eau en si peu de temps ne peuvent pas être absorbées par les sols rapidement.

Le béton et le goudron n’arrangent rien et peuvent amplifier le phénomène mais les inondations ont eu lieu également dans des points bas et en plaine dans les zones rurales.

 3- C’est le changement climatique qui provoque ça.

 Probablement qu’il y contribue. Mais aussi loin que vous recherchez dans les archives météorologiques, vous trouverez ce type d’orages dans nos régions. Sauf que la population en Languedoc Roussillon était moins importante et que les médias étaient moins enclins à couvrir ce type d’information.

Il semble néanmoins que la fréquence est plus importante, alors peut-être que le changement climatique a sa part de responsabilité. Mais avons nous suffisamment de recul et de statistiques pour le montrer ?

 4 – L’agriculture intensive est responsable du ruissellement dans les zones urbaines.

 Ce réflexe d’accusation des agriculteurs finit par m’agacer. Promenez vous autour de Nîmes et de Montpellier et cherchons ensemble cette fameuse agriculture intensive. On va trouver principalement des espaces naturels de garrigues sans agriculteurs et les espaces cultivées sont principalement des vignes sur de petites parcelles souvent bordées de fossés, de talus et de haies. La quasi majorité des viticulteurs ont opté maintenant pour un enherbement au moins un rang sur deux pour favoriser la portance des tracteurs et machines à vendanger. Autant d’éléments qui favorisent la pénétration de l’eau dans les sols. Nous sommes bien loin de l’agriculture intensive.

 5- C’est le manque d’entretien des cours d’eau qui provoque ces inondations.

 Ici aussi, vous avez les tenants de la théorie du retour au fonctionnement des cours d’eau sans intervention de l’homme et ceux qui disent que le curage, l’entretien des berges et de la ripisyslve sont prépondérants dans le bon écoulement des eaux (et donc la rapidité des ruissellements) qui évitent les inondations. Vaste débat. Ceux en amont ont envie que l’eau coule vite pour libérer cette surcharge et ceux en aval préfèreraient que ces eaux soient ralenties en amont. La solution est sûrement entre les deux. Mais ce que l’on peut constater, c’est que les réglementations sur l’eau privilégient le non entretien pour préserver des frayères, redonner le fonctionnement hydrologique et hydrobiologique naturel des rivières. Résultats, certaines portions de ces petits fleuves et rivières méditerranéens sont aujourd’hui comblés par des graviers et des sables sur de grosses épaisseurs. Autant de matériaux qui peuvent, effectivement empêcher un écoulement rapide en cas d’orage. Entre le curage sauvage et le résultat des extractions abusives des entreprises de granulats, un juste milieu doit être trouvé. En fait, la question est aussi financière, le curage « intelligent » et la gestion des berges sont très coûteux aujourd’hui pour les collectivités.

 6 – Les fossés sont tout encombrés, des bouchons se créent et inondent les routes et rues dans les villages.

 C’est vrai. On a pu constater qu’entre deux grands orages peu ou pas d’entretien des fossés a été opéré. Résultats : les énormes flaques qui ont noyé des voitures dans les zones rurales étaient principalement provoquées par ce manque d’entretien des fossés. Aux propriétaires et aux communes de sortir les godets justes après les orages, ce n’est qu’une mesure de bon sens trop souvent oubliée.

 7 – Le bétonnage des garrigues empêche l’eau de s’infiltrer en amont des villes comme Nîmes et Montpellier.

 Ca serait vrai si réellement les couches de béton et de goudron couvraient de très grandes surfaces en garrigue. Je doute que les pavillons construits dans ce secteur soient responsables des inondations en ville. Le raccourci est rapide et ravive quelques rivalités stupides entre les zones pavillonnaires plutôt aisées construites en garrigue et le reste des espaces urbains plus populaires.

 8 – Les bassins de stockage ne servent à rien.

 N’exagérons rien, les ouvrages réalisés depuis le drame d’octobre 1988 à Nîmes ont prouvé leur efficacité. J’ai entendu une ineptie énorme à ce sujet : « ces bassins ne peuvent pas stocker toute la pluie tombée sur un bassin versant ». Mais c’est évident ! Ils n’ont pas cette fonction, c’est totalement impossible techniquement, ils ne servent que de régulateur. Ils stockent des centaines de milliers de mètres cubes de manière temporaire, ils ne servent qu’à réguler et limiter le ruissellement dévastateur. Le seul problème que j’y vois reste la gestion du trop plein et leur résistance à des épisodes violents.

 

Faut-il pour autant s’enfermer dans la fatalité et se dire que nous ne sommes responsables de rien ? Non bien entendu. Les efforts sur les systèmes d’alerte et la modélisation des épisodes cévenols doivent se poursuivre, la limitation du tout béton reste une bonne chose et la diminution des rejets de gaz à effet de serre ne pourra que contribuer à une baisse (peut être) de la fréquence. Au-delà, l’apprentissage de la gestion du risque est fondamental. A l’instar des petits japonais qui apprennent de leur plus jeune âge à connaître les bons gestes en cas de séisme, nos écoliers devraient apprendre les bons réflexes en cas d’orages violents (qu’ils apprendront peut-être à leurs parents souvent très inconscients).

 Je ne peux terminer cet article sans parler de l’agriculture et de l’aménagement du territoire. De grandes zones d’expansion de crues sont clairement définies dans des zones agricoles. Pour qu’elles assurent pleinement ce rôle il faut envisager un contrat avec les propriétaires de ces terres car les dégâts aux cultures et aux sols peuvent être très lourds économiquement.

Enfin, on a oublié le rôle considérable des terrasses entretenues sur les berges des cours d’eau. En ralentissant les flux et en stockant temporairement ce surplus d’eau, ce sont des millions de mètres cubes qui arriveront à la rivière de manière différée. Mais voilà, les terrasses ont presque toutes disparues sous la végétation et l’érosion. Il faudrait mobiliser des moyens de terrassement considérables pour les réhabiliter et les entretenir mais comparés aux sinistres, la réflexion mériterait d’être posée.

 

XPB

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