Revenir à Madrid

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Dernièrement des amis m’ont demandé des conseils avant de visiter Madrid. Madriz pour les intimes. Le fils d’espagnol que je suis doit connaître sa capitale ! Non ? C’est comme si vous demandiez à un nîmois de vous parler de Paris s’il était parti s’installer à Berlin. Mais vu du monde la France est minuscule et j’ai encore en mémoire ces américaines en visite à Quito qui m’avaient demandé si on pouvait faire Paris – Rome en taxi. Certes, l’inculture géographique (et peut-être même générale) des américains est réelle et non usurpée mais il faut reconnaître que la France est vaguement quelque part à l’ouest de l’Europe pour quelques milliards d’individus sur cette planète.

Je m’égare, je devais parler de Madrid puisque je suis un pro de la paella et que je parle couramment l’espagnol, je ne peux échapper à cette question. Alors, j’ai fouillé dans ma mémoire les nombreuses visites que j’ai faites dans cette ville et les souvenirs que m’a légués ma mère qui en son temps déjà était une immigrée dans son pays pour aller faire des ménages dans la capitale.

Cette question, au fond, n’est pas stupide car je ne connais pas de madrilènes de souches. Ses habitants viennent de la périphérie et Madrid est peuplée de descendants d’immigrés. Comme le dit très bien Lucía Etxebarría (écrivaine : Amour, prozac et autres curiosités), avant d’évoquer les madrilènes, il est plus juste d’aborder les « manières d’être madrilènes ».

Le quotidien est intéressant à évoquer pour les touristes : une bière à moins de deux euros, des nuits blanches, une ébullition permanente, une créativité à tous les coins de rues, et des traditions bien ancrées : des processions pour des saints patrons, des corridas régulières durant le printemps et l’été, des tapas partout et de plus en plus originales …. Bref l’Espagne partout. Bon, en disant ça j’ai répondu à mes amis et leur ai donné envie d’y aller quand je leur ai précisé les quartiers et les bars incontournables. Tous ces endroits qui m’ont plu et ou entrer et discuter à la « barra » est un enchantement car l’accueil y est unique si on se donne la peine d’échanger quelques mots en espagnol. Bien vite, ce petit monde autour de vous s’intéresse à votre personne et on ne décroche plus de ces endroits ensorcelants.

Mais au delà de tout ça, Madrid est bien plus pour moi. L’insolence, l’exubérance, l’impertinence, l’excès seraient les premiers qualificatifs qui me viendraient l’esprit avant de parler de culture, d’art de vivre qui sont présents aussi dans cette ville. Difficile de s’y retrouver me direz-vous. Peut-être que son histoire en tant que capitale lui a donné cet atypisme ? C’est sans aucun doute, la capitale d’un pays européen des plus anciennes bâtie uniquement dans un objectif géostratégique (en plein milieu de la péninsule) sans lien avec un fleuve ou un rivage comme le sont presque toutes ses homologues européennes. C’est Philippe II (XVIème) qui y transféra sa cour dans un objectif clair de maîtriser les distances entre toutes les villes d’un royaume compliqué. Cette petite ville allait bien vite prendre sa splendeur et son éclat économique grâce au commerce de la laine et de l’élevage du mouton mais surtout par son administration du territoire. D’ailleurs, Madrid n’est devenue qu’une plaque tournante des affaires administratives et commerciales de l’Espagne sans production industrielle, sans port de commerce, sans envergure économique contrairement à Barcelone ou aux villes de la côte basque.

Madrid, ce sont aussi des souvenirs qui s’entrechoquent. Ma mère immigrée dans cette ville dans les années 40 y est venue comme bonne dans des familles bourgeoises et riches. Même si les conditions devaient être d’une autre époque, ses souvenirs étaient toujours merveilleux lorsqu’elle évoquait les rues, ses amis, ses sorties, Manolete et le flamenco dans certains tablaos. Bien plus tard, j’abordais cette ville sans a priori (contrairement à d’autres villes) et me suis laissé happé, submergé par ses excès, comme une addiction. J’aurais tout laissé pour me faire emporter par ce tourbillon. Dans ce tumulte je me suis même surpris à être productif (j’y vais régulièrement dans le cadre de mon travail) et à trouver des moments délicieux pour y visiter les incontournables lieux culturels et les parcs et jardins qui essaiment la capitale (Madrid peut s’enorgueillir de disposer des plus grands espaces verts et parc publics du monde, on le sait peu). Je reviendrai à Madrid. Peut-être pour toujours.

 

XPB

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