Le lierre et le dieu du vin

Lierre

Lierre

 

Regarder les plantes les plus banales autour de soi est un exercice que peu de personnes pratiquent. Pourtant, sources d’émerveillement, d’enrichissements, de connaissance, parfois de nourriture et même de bons soins naturels, les plantes qui nous entourent méritent au moins un regard, un peu de compassion et plus si vous le voulez. Elles vous le rendront, ça c’est sûr.

Aujourd’hui, je me suis intéressé au lierre. Certes, il n’est pas méditerranéen à proprement parlé, on le rencontre partout en France mais sa ténacité, la beauté luisante de ses feuilles, son acharnement à grimper et à s’amouracher de son support, ses fruits à contre saison qui vont régaler les grives et les merles migrateurs d’hiver sont des sujets intéressants et qui ne passent pas inaperçus.

 

Le lierre est une liane qui partage ce statut sur notre territoire avec la clématite qui elle préfère grimper sur les arbres sans s’y cramponner comme le lierre. Dans mon jardin, elle s’entremêle dans les branches des photinias et finissent par m’agacer car j’ai l’impression qu’elle profite un peu égoïstement des trois mètres de mes arbustes pour se dorer la pilule là haut avant de faire leurs fleurs blanches et cotonneuses. Le lierre, lui, peut grimper très haut grâce à ses racines qui se sont transformés en crampons et qui vont s’agripper fortement sur les murs et les arbres. Tous les jardiniers ont essayé d’arracher le lierre d’un mur et on voit les crépis et autres bouts de façade s’effondraient. Il existe une autre liane, elle cultivée, que tout le monde connaît dans sa forme maîtrisée et parfaitement taillée : la vigne. Mais laissez là vagabonder et vous verrez ses longues lianes s’épanouir.

Le lierre est un singulier. Il possède deux types de feuilles différentes. Celles qui rampent et celles qui grimpent. Les premières ont une forme de patte de canard, on les voit dans les sous bois, sous les haies et offrent un tapis avec les tiges que je trouve personnellement très joli. Elles deviennent simples au fur et à mesure qu’elles s’extirpent vers la lumière accompagnant de ce fait les fleurs et les fruits car ces derniers ne se développent qu’en pleine lumière. Les fleurs aussi sont très originales : des femelles, des mâles et même des mixtes. Le lierre est une plante qui rentre dans le club assez fermé des plantes polygames qui en plus fleurit en automne. A une époque où les abeilles trouvent peu de fleurs à butiner, c’est une bénédiction/ Et enfin, ses baies noires qui mûrissent à la fin de l’hiver sont des opportunités pour les oiseaux migrateurs épuisés par l’hiver qui vont y trouver l’énergie nécessaire avant de repartir.

Pour les amateurs de vins, le lierre a un lien avec Dyonisos (ou Bacchus). En effet, celui-ci fut enlevé par des pirates et enchaîné au mât du navire. La légende dit que des lianes de vigne et de lierre surgirent dont ne sait trop où pour s’entremêler dans les voiles et les cordages et tant qu’à faire pour étouffer les pirates. Dans cette pagaille, le dieu du vin en profita pour se libérer par – paradoxalement – deux plantes qui normalement s’agrippent. Bref, la mythologie garde bien des mystères autour de symboles anciens. En tout cas, une chose est certaine quand vous regarderez grimper le lierre sur votre mur, d’une part laissez une partie de votre mur à cette belle plante et buvez un peu de vin (avec modération) en pensant à Dyonisos ou à Bacchus si vous préférez Rome.

 

XPB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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