Un roi d’Espagne

palais royal

Même du haut de mes 15 ans, je me souviens des yeux inquiets et embrumés de mes parents en regardant les images presque en direct du Lieutenant Colonel Tejero prenant d’assaut le congrès des députés espagnol avec un groupe de gardes civils au moment de l’élection de Calvo-Sotelo.  Moments terribles en ce 23 février 1981, Franco n’était mort que depuis seulement cinq ans. Les vieux démons rattrapaient notre jeune démocratie balbutiante et la crainte de la voir basculer à nouveau dans les ténèbres a angoissé des millions d’espagnols résidents et émigrés. On se souvient tous aussi du discours d’un roi. Le roi Juan Carlos, en tenue militaire pour rappeler qu’il était encore le chef suprême des armées et le garant de la constitution. Discours sans appel, les principaux artisans de ce coup d’Etat seront arrêtés et condamnés. L’Espagne retrouvera son chemin de la démocratie. Beaucoup, comme moi, avons gardé ce souvenir et le rôle important de ce roi dans cette crise.

Plus de trente sont passées et les affres de la famille royale, la crise considérable qui sévit en Espagne et encore les velléités d’indépendance de la Catalogne ont affaibli la monarchie espagnole.

La monarchie espagnole n’a jamais été – fondamentalement – remise en cause par toutes les composantes sociales et politiques du pays. Un roi permettrait d’assurer un minimum de stabilité politique dans un pays en proie à des régionalismes lourds et tous les espagnols lui reconnaissent la transition douce du franquisme vers la démocratie et la gestion de la crise du 23 février 1981. Et puis soyons lucides, avions-nous vraiment le choix ? La transition de l’après Franco ne pouvait se faire qu’avec ce compromis sinon on risquait de s’acheminer encore une fois vers des affrontements. Mais depuis quelques années, le Palais d’Orient présente des fissures. Les affaires de détournements de fonds publics de son gendre, les chasses royales (où le roi n’a rien trouvé de mieux que de se blesser lors d’une chasse à l’éléphant au Botswana pendant que ses sujets se serraient la ceinture), les intrigues avec la maîtresse du roi … Bref, tout ça dans un contexte de crise majeure pour l’Espagne et où finalement cette royauté finit par coûter bien cher aux contribuables espagnols. Nombreuses sont les voies qui s’expriment pour une transition vers une troisième république ou vers une monarchie constitutionnelle qui pourraient éventuellement ouvrir des chantiers institutionnels pour réformer en profondeur certains aspects. Mais en sommes-nous certains ? La France fonctionne aussi bien comme République que la Grande Bretagne comme Royaume d’un point de vue démocratique. La destitution d’un roi serait-elle suffisante pour faire sortir l’Espagne de son marasme ?

Je ne peux oublier le discours de Juan Carlos lors des évènements du 23 février 1981 et de son rôle prépondérant dans cette affaire, ni oublier l’histoire récente qui nous a montrée combien mon  peuple pouvait engendrer des luttes fratricides sanglantes. Finalement, si la royauté est au prix de la stabilité peut-être faut-il la maintenir avec pour condition évidente : une réforme et une modernisation de l’outil étatique qui fera rentrer l’Espagne dans la communauté des pays stables et économiquement performants.

 XPB

 

 

 

 

 

 

 

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