Et si l’urbanisation sortait les gens de la pauvreté ?

megalopole

A bien des égards, l’urbanisation des pays du sud donne une image bien loin de cette possibilité. Les favelas brésiliennes, les bidonvilles des Philippines, les décharges monstrueuses du Caire ou de Tananarive par exemple ne laissent pas à penser que la ville peut sortir les gens de la misère. Du fond de mon village périurbain où la campagne côtoie la ville et avec mon parcours professionnel proche des ruraux et des agriculteurs, j’avoue que le rapport publié par la Banque mondiale et le FMI sur l’urbanisation comme clé de développement pour les pays pauvres m’a laissé quelque peu perplexe. 

 D’après ce rapport, l’urbanisation est un facteur important de recul de la pauvreté et un progrès pour la réalisation des autres objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Plus de 80 % des biens et des services mondiaux sont produits en ville. Les pays avec une forte croissance urbaine ont réduit considérablement leur pauvreté : Chine, « tigres » de l’Asie, Amérique latine. A contrario, l’Asie du sud ou encore les pays du Sahel – encore très ruraux – affichent des taux très élevés de pauvreté. Les indicateurs comme le taux de mortalité infantile sont sans commune mesure entre la ville et la campagne, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement montrent aussi sans ambiguïté la force des villes pour ce service primordial.

Cela dit, d’après les économistes de la banque mondiale, la ville et les mégalopoles qui se dessinent dans ces pays ne représentent pas non plus une panacée si les politiques publiques de sécurité, de voirie, d’eau, d’éducation, de transport, de santé n’accompagnent le flux de populations issues de cet exode rural.

Les centres urbains du monde en développement devraient connaître une expansion très importante puisqu’ils devraient recevoir la quasi totalité des nouveaux habitants en 2030 (environ 1,3 milliard de personnes). Cet accroissement devra obligatoirement être accompagné de tous les services de base nécessaires pour cette population mais aussi des services nouveaux sur le plan culturel, sportif, récréatif, religieux, espaces verts et mêmes des espaces de production agricoles savamment insérés dans ces centres urbains si on veut que ces villes restent vivables.

Les campagnes sont encore les grandes perdantes qui voient fuir leurs bras et leurs cerveaux vers la ville. 76 % des 1,2 milliard de pauvres du monde sont des paysans. Le rapport souligne l’impact sur les femmes dans les zones rurales, ce sont elles qui sont les plus touchées par l’insuffisance des infrastructures (accès à l’eau potable, transport, etc.).

L’urgence de réinventer des villes accueillantes capables d’intégrer des millions de nouveaux arrivants est un enjeu de taille pour les 20 prochaines années. Mais ce développement urbain ne doit pas nous faire oublier que la grande majorité des aliments que nous consommerons continuera de provenir des campagnes y compris les plus reculées.

 

XPB

Publicités