Des nouvelles de l’Ebre

L’Ebre est un fleuve important en Espagne et plus particulièrement en Catalogne. On connaît les velléités de cette région pour son indépendance. Dans ce contexte, l’exploitation des eaux de l’Ebre est en train de devenir un enjeu national important.

L'Ebre à Saragosse

L’Ebre à Saragosse

Le plan hydrologique proposé par le Ministre de l’agriculture et de l’environnement Miguel Arias Cañete a réellement provoqué les autorités catalanes. Le fameux plan prévoit une exploitation importante en amont du fleuve ne laissant pas suffisamment d’eau pour le débit biologique à l’aval de l’Ebre. Ouvrant ainsi des risques importants d’intrusions salines et de détérioration de la ligne de côte entre autres dommages d’après les représentants catalans siégeant au comité de bassin. Pourtant ce plan est censé répondre aux nouveaux usages et respecter les besoins du débit biologique.

Mais la Generalitat (gouvernement catalan) ne l’entend pas de cette façon et a même menacé de saisir les autorités de l’UE si le gouvernement central de Madrid ne revoyait pas ce document. La salinité du delta est déjà visible avec l’exploitation actuelle de l’Ebre, son intensification ne ferait qu’augmenter et amplifier ce problème que tous les agronomes craignent (le sel est le pire ennemi des cultures et des sols et un retour à la normale est toujours très complexe) sans parler de la modification des écosystèmes.

Delta de l'Ebre

Delta de l’Ebre

Les engagements historiques du gouvernement central auprès des producteurs de fruits des régions de l’Aragon ont poussé les services de l’Etat à proposer ce nouveau plan. Les chiffres parlent d’eux mêmes : cette nouvelle mobilisation de l’eau créerait 445 000 ha de terres irriguées qu’il faut rajouter aux 800 000 déjà existants. Les productions sont déjà majoritairement portées vers les fruits d’été principalement : pêches, nectarines, abricots. Ces nouveaux vergers – à ne pas en douter – porteront un coup fatal aux productions françaises en basse vallée du Rhône non compétitives face aux coûts de la main d’œuvre beaucoup moins élevés en Espagne qu’en France. La demande en eau de l’Ebre passerait donc de 8 milliards de m3 à plus de 10. A terme, en 2027, la consommation correspondrait à plus de 50 % du débit de l’Ebre (34 % aujourd’hui). Enfin, les autorités espagnoles prévoient la création de 35 nouveaux barrages.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec les cours d’eau méditerranéens français. A croire que nous ne sommes pas dans la même Europe. Sans ambiguïté, le plan espagnol est disproportionné et les dégâts seront irréversibles pour les écosystèmes et les agrosystèmes à l’aval. Sans parler du patrimoine et de l’aspect culturel que véhicule ce fleuve dans la région de Tortosa. Chez nous en France, je n’ose même pas imaginer la création d’un barrage sur un fleuve ni même la création de nouveaux périmètres irrigués en zone méditerranéenne. Dans ces périodes de tensions économiques, un juste milieu est à trouver entre la protection des cours d’eau et le maintien voire un développement durable de l’agriculture irriguée. Aujourd’hui, le fossé de la compétition se creuse entre agriculteurs méditerranéens. Il nous faut trouver des solutions intermédiaires compatibles sans compromettre le développement des régions. Pour cela, des investissements importants pour la recherche de nouveaux aménagements intégrant tous les usages et les besoins et surtout un peu de bon sens nous permettraient d’affronter les difficiles périodes de sécheresses méditerranéennes.

XPB

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