Pobre México, tan lejos de Dios y tan cerca de Estados Unidos

Nous sommes, le 08 novembre 2016. Ce matin, j’ai écouté comme tout le monde les résultats des élections américaines que je ne commenterai pas. En scrutant le baromètre de mon Blog, j’ai vu une recrudescence anormale de lecture sur cet article que j’avais écrit en 2013. Nous sommes bien loin du projet du Sénat américain dans le processus de régularisation des sans-papier latinos. Par contre, le mur revient en force ainsi qu’un arsenal sans précédent pour la surveillance de ces 3000 km.

Le Mexique est si proche des Etats Unis …..

« Pobre México, tan lejos de Dios y tan cerca de Estados Unidos »

« Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si proche des Etats Unis »

 Cette phrase de Porfirio Díaz (général et homme politique de la fin du 19ème) est plus que jamais d’actualité au Mexique …

Izt volcan

Le soleil s’est couché sur les majestueux Popocatépetl (baptisé affectueusement « Popo » par les mexicains et qui manifeste en ce moment quelques colères) et Iztaccíhuatl. Les couleurs sont somptueuses. Peu de doutes pour ce qui ont vu ces paysages, le Mexique est un des plus beaux pays du monde. Mais comme l’est aussi le Maroc, l’Espagne, la Grèce, le Mali …. Tous ces pays qui envoient en masse des migrants vers d’autres cieux par forcément plus bleus.

Une étude récente du Centro de Investigación y Docencia Económicas (Centre de Recherche et d’Etudes Economiques) au Mexique indique que 42 % des mexicains partiraient de leur pays s’ils le pouvaient. Parmi eux, 60 % voudraient s’installer chez leur voisin du nord : les Etats Unis. 3 000 kilomètres de frontière séparent les deux pays. Etre le voisin du plus gros consommateur du monde ne laisse pas indifférent ces milliers de candidats. Car rappelons que les Etats Unis d’Amérique consomment encore six fois plus de biens que la Chine et l’Inde réunies. Imaginez – même si le Mexique est considéré comme un pays émergent avec de grandes ressources – être le voisin du pays le plus vorace du monde. Evidemment, cela a des impacts immédiats sur le Mexique.

Cette même étude avance que 49 % des mexicains ont un parent à l’étranger. 88 % de ceux là vivent aux USA. Au delà, ce sont 300 000 mexicains qui partent pour un futur meilleur tous les ans.

Cette masse de migrants représente la deuxième source de devises pour le Mexique grâce à l’envoi massif de dollars US à leurs familles (estimation autour de 20 mds de $ US).

Le Sénat américain vient d’adopter une des loi sur la réforme migratoire des plus ambitieuses de son histoire. Ambitieuse sur plusieurs points. Tout d’abord, il s’agit de régulariser et de naturaliser plus de 11 millions de sans-papier, un chiffre très important dans l’histoire des USA. Evidemment ces sans-papier sont avant tout des mexicains, leur régularisation va de fait augmenter les rentrées de devises nord américaines via les familles de la diaspora. Mais ne rêvons pas le parcours vers la naturalisation sera laborieux : rattraper les impayés fiscaux, parler anglais, n’avoir commis aucun délit et  il faudra attendre 10 ans avant d’obtenir un statut provisoire.

Mais cette réforme est aussi assortie de mesures dures qui visent à limiter les entrées illégales aux USA. On parle d’un chiffre délirant de 30 mds de $ pour fermer la frontière entre les deux Etats. Il s’agit de doubler les patrouilles frontalières, d’étendre le  mur frontalier sur plus de mille kilomètres, développer l’usage de drones …

Frontière Mexique - USA

Frontière Mexique – USA

Je me demande si ces annonces ne vont pas susciter encore plus de prétendants au rêve américain du Mexique bien sûr mais aussi de toute l’Amérique Centrale et bien au delà aussi pendant les mois à venir.

Pourtant, on nous dit à longueur de pages dans des articles économiques que des puissances économiques (potentiellement aussi fortes que les USA) sont en train de naître sur ce continent : le Mexique bien sûr avec ces énormes réserves de pétrole, sa jeunesse et son dynamisme, le Brésil qui – paradoxalement – commence à connaître des manifestations qui jusqu’à présent étaient réservées aux pays riches ou encore l’Argentine et le Chili qui débarrassés de leurs vieux démons seraient des locomotives formidables pour tout le continent. J’ai espoir que les organisations politiques et sociales qui se mettent en place vont à moyen terme estomper ces migrations vers le nord et que cette frontière – blessure ouverte du continent – ne servira qu’à illustrer l’histoire pour les générations futures.

XPB

 

 

 

 

 

 

Publicités