El Hierro, dure comme le fer, durable comme l’acier …

Ile d'El Hierro

Ile d’El Hierro

El Hierro est une île de l’archipel des Canaries. C’est vrai, je fais une incartade, je sors de la Méditerranée, cette île est située dans l’Océan Atlantique à quelques 150 km des côtes africaines et 1000 au sud de l’Espagne. Depuis 1479, après le traité d’Alcáçova, l’Espagne et le Portugal se mettent d’accord sur la répartition des îles atlantiques : l’archipel des Canaries pour l’Espagne, Madère pour le Portugal. A ce titre, donc, elle mérite de rentrer dans le giron méditerranéen même si les plantes et les embruns océaniques peuvent nous faire oublier les côtes méditerranéennes. Mais si j’en parle c’est aussi à cause de l’incroyable pari sur le développement durable que se sont fixé les habitants de cette petite île. Exemple dont il faut largement s’inspirer en particulier dans les milieux insulaires arides des îles méditerranéennes.

Sabine - l'arbre endémique

Sabine – l’arbre endémique

El Hierro occupe une superficie de 278 km2. 11 000 personnes habitent toute l’année dans cet espace loin de tout (60 000 visiteurs en été). C’est la plus petite île de l’archipel des Canaries. L’eau douce y est très rare et le vent est omniprésent.

Fin 2012, les autorités de l’île décident en accord avec la région et l’Etat espagnol de lancer un plan très ambitieux autour du développement durable. Le point de départ étant la création d’une centrale hydro-éolienne unique au monde baptisée « Gorrona del viento » (profiteuse du vent), conçue pour satisfaire tous les besoins énergétiques de l’île aujourd’hui couvert par une centrale thermique fonctionnant au fuel et consommant 6 000 tonnes de combustibles par an.

Un principe simple : 5 grandes éoliennes sont installées sur les hauteurs de l’île qui fourniront largement de quoi alimenter les populations et dont le surplus d’énergie servira à pomper de l’eau de mer dans un grand bassin perché à 700 m. En cas de « panne » de vent, cette eau est relâchée dans un bassin en contre bas en passant par des turbines. Toute l’électricité produite en plus servira à l’usine de dessalement. Il fallait y penser, l’eau stockée en hauteur, c’est comme d’énormes batteries en puissance qui attendent sans perdre leur énergie. C’est tout le problème du stockage de l’électricité issue des énergies renouvelables qui est ici résolu.

centrale hydro éolienne El Hierro

Mais le développement durable ne s’arrête pas qu’à la production d’énergie. Des politiques courageuses de préservation des sites touristiques de l’appétit des promoteurs immobiliers permettent aujourd’hui d’offrir des sites prestigieux de plus en plus demandés par les touristes.

Autre pilier, les habitants ont fixé 2020 pour reconvertir la totalité de leur agriculture en agriculture biologique. Déjà, la collectivité a fait des acquisitions foncières à destination d’agriculteurs Bio.

Il reste encore du travail sur la production et le tri des déchets ainsi que sur le parc automobile composé de 6 000 voitures encore toute fonctionnant à l’essence et au diesel alors que le programme envisage une reconversion progressive vers un parc électrique.

Mais le chemin est là, il est tracé. Souvent, on croit que ces initiatives provoquent le repli sur soi, la peur de la modernité, du tourisme ….. bien au contraire, ces initiatives et ces projets sont des modèles très ouverts et porteurs de richesses et d’emplois. Je suis toujours très étonné de voir des touristes visiter les éco-quartiers de Londres, de Stockholm ou d’Amsterdam. Ici aussi, les visiteurs qui iront à El Hierro rechercheront autre chose, plus en harmonie avec la nature et les attentes exprimées par les habitants de cette petite île des Canaries.

En tout cas, du vent, il en manque pas dans les milliers d’îles méditerranéennes, des dénivelés pour des centrales hydro-éoliennes aussi, des produits de qualité pour une reconversion Bio « en pagaille ! », des gens plein de fougue et d’enthousiasme idem et en plus sans vouloir offenser les habitants d’El Hierro, les îles méditerranéennes sont toutes chargées de patrimoines historiques bâtis et de villages millénaires magnifiques qui n’attendent que des touristes qui voudront profiter de cet art de vivre avec si possible maintenant une vision à long terme et durable de ces petits territoires. Les chantiers n’attendent que la volonté politique.

XP

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