L’huile d’olive peut-elle sauver les pays de l’Europe du sud ?

huile d'olive

En lisant ce titre  dans un article d’un grand quotidien j’ai été particulièrement agacé. Comment peut-on encore et toujours remettre ces pays au rang de simples fournisseurs de produits à faible valeur ajoutée comme l’huile d’olive ? Tant qu’à faire rajoutons les olives pour l’apéro, le raki, le Rosé  de Provence, le Xérès, le Chianti ou encore les pistaches et les câpres et nous sauverons pour toujours l’Europe du sud.

Il est vrai que l’agriculture reste une valeur sûre pour ces pays. Ce secteur d’activité résiste assez bien dans cette crise monumentale. Beaucoup de fonctionnaires, de cadres, de salariés grecs sont même revenus dans les campagnes pour retrouver des moyens de subsistance, on ne peut nier cette évidence. Mais cantonner les méditerranéens à ce rôle est assez dégradant.

Pour prendre l’exemple de l’Espagne, on a souvent dit que les maux dont souffraient ce pays étaient dus en grande partie à la généralisation de l’économie sur l’immobilier et les finances inhérentes à ce secteur. Pour l’olivier, il faut visiter la région de Jaén (Andalousie) pour s’apercevoir que ces « océans » d’oliviers ont forgé l’économie de cette région dans une production unique qui s’est emparée de toutes les terres disponibles. On vit au rythme de l’olivier, on fait des recherches sur l’olivier, les saisonniers travaillent dans les oliveraies, les moulins à huile embaument de leur odeur spécifique l’atmosphère. On fait la fête de l’olivier, on mange des olives, on cuisine à l’huile d’olive …. La colombe de Noé avait du poser ses pattes à côté de Jaén et pas en Turquie ! Tout ça pour dire que l’olivier est aussi le syndrome de cette hyperspécialisation dont l’Espagne a été trop coutumière. Championne du BTP, championne de l’olive, championne du tourisme de masse et bientôt championne des jeux d’argent en Europe. Ah oui et j’en oublie qu’elle est aussi championne de foot. Tout ça pour en arriver à cette catastrophe économique. Pourtant, les ressources multiples, diverses, capables de rivaliser avec les meilleures compétences du nord de l’Europe existent aussi dans cette partie de l’Europe. C’est faire peu de cas de l’incroyable créativité des entreprises italiennes, du savoir faire dans le transport maritime de la Grèce, du niveau des universités dans tous ces pays, de la médecine, de la recherche ….

Dire que les méditerranéens sont réduits à produire de l’huile d’olive pour répondre à l’appétit des chinois, des brésiliens ou des allemands me navrent. Cela nous plonge au début du siècle dernier quand tous ces pays du pourtour méditerranéen ne pouvaient rien offrir d’autres que des productions agricoles peu rentables adaptées à l’aridité et à l’âpreté de leurs territoires. Situation tendue qui a enclenché des mouvements migratoires sans précédent.

Il nous faut, c’est certain, repenser nos systèmes économiques et être très innovants mais il nous aussi repenser notre image extérieure.

XPB

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