Quand un russe parlait d’empire latin

 

Europe latine

 

En feuilletant les pages de l’histoire française récente, j’ai découvert Alexandre Kojève, un immigré russe devenu un imminent fonctionnaire français quand il publia en 1945 un ouvrage intitulé « l’empire latin ». Même si la connotation impériale me gène de prime abord, il est intéressant de voir comment ce visionnaire avait esquissé une vision de l’Europe actuelle de manière très réaliste.

Certes son approche était très imprégnée du contexte de l’époque des grands empires constitués par des Etats qui se sentaient proches linguistiquement et culturellement.

Dans son ouvrage, il proposait à la France de prendre la tête de ce qu’il appelait un « empire latin » pour faire le contre-poids à l’Allemagne qui allait devenir la nation la plus riche du continent et dont les accointances avec le Centre et l’Est du continent étaient naturelles et parfaitement prévisibles.

70 ans plus tard, effectivement, le noyau dur de l’Europe prend cette tournure. De sortes que même avec les beaux discours sur le couple franco-allemand, la réalité nous montre tous les jours que l’espace latin de l’Europe se marginalise et devient une périphérie de l’Europe presque embarrassante du fait de ses mauvais résultats économiques.

L’autre lecture qui me paraît intéressante dans les travaux de Kojève est le cheminement aberrant de l’Union Européenne qui a privilégié le rapprochement économique et financier au détriment des parentés culturelles entre peuples. Encore une fois, comme je le précisais dans un de mes précédents articles, il ne s’agit pas de cliver le continent ou de proposer une Europe dans l’Europe mais d’enrichir et de rapprocher logiquement les peuples là où l’histoire, la culture, les modes de vie se ressemblent.

En tant que méditerranéen, je n’ai pas envie de vivre comme un scandinave ou comme un saxon et je mets au défi de trouver une volonté de la part des peuples méditerranéens à ressembler à leurs voisins du Nord. Pourtant, c’est le chemin que l’on nous impose et probablement la pire des solutions pour donner un projet partagé pour l’Europe. On pourrait tomber dans la simplicité absurde qui consiste à dire qu’au Nord on travaille plus qu’au Sud et que cette explication – suffisante bête – suffit pour expliquer tous les problèmes économiques et sociaux des nations du Sud. La bêtise et la mauvaise gestion de l’UE et des élites de ces pays ont conduit à la catastrophes mais il ne s’agit en rien de la productivité des ouvriers de ces pays qui reste tout aussi forte qu’ailleurs dans le continent.

La France a une place géographique et culturelle stratégique en Europe. Elle doit être le pont entre ces deux entités naturelles du continent. Elle doit poursuivre ce dialogue Nord – Sud et assurer ce rôle auprès des méditerranéens avec qui elle a beaucoup de points communs pour inventer et proposer de nouveaux modèles.

XP

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