Le long cri de l’immigré – Troisième partie

Statue en hommage des immigrés espagnols

Statue en hommage des immigrés espagnols

Poursuivons le périple migratoire des espagnols. Au 19ème siècle, la première guerre civile dite d’indépendance allait affronter les Espagnols entre eux. Entre les tenants de l’Angleterre qui mirent les Français dehors et les tenants de la France (les afrancesados) dont les troupes napoléoniennes occupèrent le pays.

Plus de 10 000 familles franchirent les Pyrénées pour prendre le chemin de l’exil vers le sud ouest de la France. Exil politique certes mais évidemment déjà alimenté par la misère économique de certaines catégories de réfugiés.

Jusqu’en 1840, date de l’amnistie, les agitations politiques de la péninsule ont fait franchir les Pyrénées à des milliers d’espagnols. Beaucoup d’entre eux, étaient déjà intégrés dans le sud ouest de la France.

 Ce flux se poursuivra et à la veille de la première guerre mondiale, 100 000 espagnols vivaient en France métropolitaine et de l’autre côté de la Méditerranée dans une Algérie française, on comptait autant d’espagnols immigrés.

Toujours à la fin du 19ème, les pays d’Amérique du sud ont acquis leur indépendance et se sont affranchis de l’Espagne parfois dans le conflit comme ce fût le cas à Cuba. A la suite de ces mouvements, les flux migratoires ont repris outre Atlantique. Les gallegos ont été les plus gros contributeurs dans ces mouvements. La croissance économique de l’Argentine a été un formidable facteur d’attraction pour des milliers d’espagnols qui s’y installèrent définitivement. Cette émigration s’arrêtera avec la crise des années 30 mais la guerre d’Espagne allait relancer un mouvement fourni par une classe sociale différente : quasiment pas ou peu d’ouvriers font alors ce voyage pour s’installer au Mexique qui avait affiché son soutien au régime républicain espagnol. Jusqu’à 10 000 réfugiés espagnols auraient trouvé refuge au Mexique durant cette période.

La 1ère guerre mondiale a créé de profondes hémorragies dans les campagnes françaises. Les Espagnols ont su trouver leur place dans ces campagnes vidées des hommes en particulier dans le sud ouest. En 1930, on comptait jusqu’à 350 000 personnes (la troisième colonie étrangère en France). Ici aussi, la crise de 29 aura raison de l’installation de ces immigrés. L’avènement de la République en Espagne provoquera un retour de ces populations, plus de 100 000 d’entre eux repartiront.

C’est ici que se greffe l’histoire de ma famille paternelle. Arrivés dans les années 20 dans les Alpes de Haute Provence, mes grands-parents commencèrent à mettre un pied en France. Certes, pour repartir en 29 dans leur village natal proche de Valence. Plus tard, mon père allait suivre le même chemin mais en passant par la région parisienne pour y construire dans les années 50 des routes, des trottoirs, des ponts …..

Réfugiés espagnols

Réfugiés espagnols

La guerre fratricide de 36, allait entraîner un exode massif comme rarement vu dans l’histoire par sa brièveté et son ampleur (plusieurs centaines de milliers de personnes : combattants, femmes, enfants, vieillards). Je ne reviendrai pas sur la nature de l’accueil réservé à ces exilés en France, j’aurai l’occasion de reparler de cet épisode peu glorieux pour la France. Ces espagnols ont laissé une trace importante en France. L’engagement des guerilleros dans la résistance française en est le meilleur exemple.

L’histoire se poursuit, les espagnols continuent à s’éparpiller dans le monde toujours pour les mêmes raisons universelles : la misère, la guerre, les idées, la liberté de penser.

XP

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