Le long cri de l’immigré – Première partie

Statue en hommage des immigrés espagnols

Statue en hommage des immigrés espagnols

A l’heure où la question de l’immigration est complètement chamboulée, où les repères explosent : d’un statut de terre d’accueil certains pays deviennent pays d’émigration, c’est le cas de tous les pays européens de  la Méditerranée en proie à de graves crises. Ailleurs au Maghreb, au Moyen Orient (pour ne parler que de cette partie du monde), les familles se séparent pour des questions de survie économique ou malheureusement pour se mettre à l’abri de dictatures oppressantes et meurtrières.

Cette situation ne va pas s’améliorer, aucun indicateur ne montre que la mondialisation des mouvements de populations va se ralentir. Dans ce contexte, j’ai eu envie d’observer de près le fait historique de l’émigration espagnole à laquelle mes parents et moi-même du haut de mes trois mois protégé dans les bras de mon frère aîné avons participé, sûrement malgré nous.

 L’immigration ou l’émigration selon où on se situe est toujours le fruit d’une grande complexité qu’il faut regarder attentivement sans a priori.

Je ne suis pas historien mais je me suis penché sur l’histoire, riche d’enseignement, de l’Espagne à l’heure où ce pays recommence à voir partir ses forces vives. Tant pis pour les puristes, j’ai écarté volontairement de nombreux points historiques, c’est mon regard et j’assume le parti pris.

Tous les immigrés ne partent pas par plaisir. Aucun, ne le fait (sauf exceptions bien sûr) parce qu’il en a simplement envie ou pour « aller voler le pain des habitants du pays qui vous accueillent ». Quand il s’agit d’une question de survie pour vous et votre famille, il n’y a pas de choix mais seulement des contraintes que tout être normalement constitué s’attache à résoudre.

Au 13ème siècle, la péninsule subit la fameuse « reconquista », les catholiques armés de leur foi et de la puissance des occidentaux vont reconquérir villages après villages, villes après villes toutes les installations musulmanes espagnoles et ce, jusqu’à la chute de Grenade au 15ème. Plus de deux siècles pendant lesquels les catholiques ont expulsé en masse des musulmans installés depuis plus de 7 siècles. La Région de Valencia –  où les exploits de Rodrigo Diaz de Vivar mieux connu sous le nom du Cid ont été largement magnifiés – a expulsé par milliers, les habitants musulmans vers la Tunisie actuelle. Cela dit, compte tenu de leur implication forte dans l’économie locale et leur place dans le fonctionnement des administrations, les catholiques auraient d’abord mis en place des mesures incitatives pour les extraire progressivement de l’outil économique et politique du pays.

L'Alhambra Grenade

L’Alhambra Grenade

J’entends déjà les remarques à ce sujet. Ces musulmans étaient-ils espagnols ? N’était-il pas normal qu’ils partent vers le Maghreb de leurs lointains ancêtres ? Il faudrait sans doute se remettre sans doute dans le contexte de l’époque pour porter un jugement. Les témoignages des expulsés parlent de leur difficulté d’installation à Tunis qui pour eux n’étaient qu’un pays étranger. Sept siècles de présence en Espagne, ne suffisent-ils pas à eux seuls pour dire que ces peuples étaient espagnols ? Il est vrai que la question de la religion est toujours sous-jacente et ouvre la porte à des sujets de tension. Tôt ou tard les forces catholiques du moyen-âge auraient sans doute reconquis la péninsule ibérique.

Une telle durée a laissé des empreintes de vie encore visibles de nos jours et je pense qu’on peut parler, effectivement, de la première émigration subie par des espagnols, certes musulmans mais espagnols quand même, au moyen-âge.

Clin d’œil de l’histoire, aujourd’hui de jeunes espagnols lorgnent vers les entreprises marocaines qui offrent du travail à des personnes bien formées et adaptables, ironie de l’histoire ….

Rois catholiques

Rois catholiques

Avec l’arrivée des rois catholiques : Isabel et Ferdinand, les choses vont radicalement changer. Avec la mise en place de l’inquisition, la place des « conversos » (juifs et musulmans convertis) et des juifs va se poser avec une très grande brutalité. En 1492, ces rois décidèrent d’expulser les juifs séfarades s’ils ne se baptisaient pas. Expulsion les obligeant à laisser tout leurs biens et partir vers des destinations variées autour de la Méditerranée et surtout en Algérie où les attendraient une autre histoire 400 ans plus tard (guerre d’Algérie). Les tribunaux de l’inquisition – passages des plus honteux et des plus meurtriers du catholicisme – installés dans chaque grande ville de la péninsule ont procédé à des tris sélectifs horribles (bien illustrés dans le film « les fantômes de Goya » de Milos Forman) poussant encore plus à l’exode et à la diaspora juive ainsi que celle des  morisques (les musulmans restant en Espagne) à travers le bassin méditerranéen.

Les chiffres donnés par les historiens sont très variables et difficiles à vérifier. Ils dépasseraient les centaines de milliers. D’importantes communautés de morisques s’installèrent en Tunisie mais l’ensemble du bassin méditerranéen musulman a recueilli de nombreux expulsés. Et ce, parfois au prix de difficiles intégrations voire de brimades et de persécutions comme cela fût le cas à Alger par exemple.

Ainsi commence un long brassage communautaire subi. Pas encore d’immigrés économiques, pas de réfugiés politiques, juste des expulsés sous couvert de la religion.

XP

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