La force de la diversité

Europe

Qui s’y retrouverait dans cette Europe ? Bien loin de l’idéal et du projet des pères fondateurs et des millions de gens qui ont cru que cette fraternité entre les peuples allait nous conduire vers la prospérité et la paix éternelle.

Traitons les problèmes financiers, c’est important, mais parlons des européens maintenant.

Curieusement, au début du siècle dernier notre continent était fortement cosmopolite. Les idées, les nationalités se croisaient et proposaient des espaces de créativité puissants. Ce souffle s’est épuisé dans le temps : les guerres mondiales, le massacre des juifs, autant de paramètres déstabilisant pour toute l’Europe.

Passons sur ces années d’après guerre et de la nécessité urgente de se parler pour reconstruire dans la paix notre continent pour aboutir à un socle territorial de 400 millions d’habitants. Socle uniquement et seulement voué à l’économie de marché, à la libre circulation des marchandises et des hommes et à des réglementations parfois délirantes.

Aujourd’hui, l’Union réclame des sacrifices et se découvre sur le déclin. Partout, les extrêmes gagnent du terrain et proposent de sortir de l’euro voire sortir tout simplement de l’UE. A force d’appliquer et d’exiger l’austérité, on s’est éloigné des projets d’unification.

L’urgence est aussi ailleurs. De nouvelles visions pour nous rapprocher sont aussi à inventer rapidement avant que la folie souverainiste n’emporte tout le travail des créateurs de l’Europe.

Notre force qui pour certains est aussi perçue comme une faiblesse c’est la diversité des européens. Milan Kundera parle d’un « maximum de diversité dans un minimum d’espace » pour qualifier l’Europe.

Alors quoi faire concrètement ?

Si on revient à l’entrée méditerranéenne, il faudra un jour admettre que tous les pays riverains ont beaucoup de points communs : environnement, cultures, agriculture, climat, risques naturels, rivages, tourisme, etc. Ce bloc doit nécessairement exister au sein de ce grand espace non pas pour cliver l’Europe mais pour contribuer fortement à cette diversité et à la richesse induite. Entre ces méditerranéens, je suis étonné de voir si peu d’échanges linguistiques, entre nous certes mais surtout avec la rive sud et la langue arabe.

Plus concrètement, à quand de grandes manifestations culturelles mêlant le théâtre, la musique, la littérature, le cinéma, la gastronomie … qui soient capables de drainer des milliers de visiteurs du nord de l’Europe sur nos rivages et pas seulement pour le soleil. Certes, je ne peux oublier les efforts des villes comme Arles et Lodève qui font de magnifiques programmations autour de ces thématiques mais la porte est encore très grande pour démultiplier tous ces initiatives.  Et l’exemple pour la Méditerranée est valable aussi  dans le nord du continent ou à l’est. Mieux se connaître permettrait de mieux se comprendre. Affligeante banalité mais qu’il est nécessaire de remettre dans les priorités européennes.

Dans le journal « El Pais » du 21 mars, un article a attiré mon attention sur l’exemple de l’Islande. Oui, je sais, c’est tout petit (400 000 habitants), culturellement et linguistiquement très loin de nous, toujours les mêmes arguments pour dire que rien n’est comparable. Sans vouloir rentrer dans le débat sur la manière dont ce pays s’est sorti de la crise, le journaliste s’appuie sur la politique culturelle de ce pays post-crise et comment ce secteur brasse des milliers de touristes qui viennent écouter de la musique sur l’île glacée et place ce secteur d’activité quasiment au même niveau que le secteur de la pêche (1 milliards d’€/an de bénéfices induits). C’est une preuve flagrante que l’économie culturelle est réelle et qu’elle génère au delà des profits des satisfactions non monayables.

L’austérité et la gestion de la dette risquent au contraire de nous éloigner les uns des autres. Des milliers de gens attendent que l’Europe apporte aussi du rêve et du rapprochement et qu’elle cesse de gâcher la jeunesse et les talents des pays de la Méditerranée.

XP

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