De retour en Espagne

Espagne

Un collègue agronome m’a demandé ma vision de fils d’immigré espagnol mais surtout ma vision de français sur la crise en Espagne. Que pouvais-je lui dire ? A part des banalités affligeantes : que l’Espagne était pleine de ressources, que les Espagnols s’en sortiraient sans vraiment savoir.

Ces derniers temps, je pense beaucoup à la crise économique espagnole et je me demande si je sais vraiment ce qui se passe dans mon pays d’origine. Syndrome de tous ces enfants d’Espagne qui se sont tellement intégrés qu’ils en oublient leurs racines. Mon père était un « journalier » agricole. Dans les années 50 et 60, les propriétaires agricoles faisaient leur « marché » d’ouvriers à des points fixes du village où ils se regroupaient pour attendre le patron. Généralement, un riche propriétaire d’orangeraies à perte de vue dans la huerta de Valencia. Il a commencé à l’âge de 11 ans dans les champs comme tous ces petits copains qui « perdaient » leur temps à l’école. Au moins a-t-il appris à lire, écrire et était devenu redoutable en calcul mental pas comme beaucoup d’andalous ou de manchegos arrivés en France totalement analphabètes. Moi aussi, je suis né en Espagne, je suis heureux que ce pays ait gagné la coupe du monde de foot mais mon passeport est français et j’en suis fier. Pour rien au monde, je n’oublierai ce que m’a donné la République qui a accueilli mes parents.

Alors, je prends du recul, mon ami de Murcia me montrait l’autre jour les nombreux échafaudages sans ouvrier où les plastiques volaient comme des drapeaux de désespoir autour de bâtiments inachevés. Quelle hérésie. Comment un peuple qui a su traverser l’Altlantique pour découvrir un continent (et s’en emparer), qui a su rayonner pendant des siècles à travers le monde, qui a donné ses plus belles lettres à la littérature, à la poésie. Un pays qui a écrit une page démocratique belle et puissante dans les années 70. Un peuple qui a développé un modèle d’art de vivre envié par des millions de visiteurs … oui comment a-t-il pu tomber aussi bas dans la facilité ? A en oublier les rudiments d’une société construite sur une économie fiable. Beaucoup d’enfants d’immigrés comme moi avaient même fait le pari de revenir chez eux pour une nouvelle aventure dans l’autre sens dans les années 90 et 2000.

C’est facile pour un français de dire cela, d’autant que j’ai l’impression qu’on ne pourra pas longtemps donner des leçons alors que la crise continue à étouffer un à un les pays de la zone euro. Au moins dans ce maelström financier incompréhensible pour le commun des européens, nous apprenons à nos dépens que nos destins sont liés, croisés et que seules des initiatives communes pourront nous sortir de ces impasses. Je crains que le populisme ne rattrape le discours ambiant : le rejet de l’autre et la haine sont grandissantes dans le discours politique ambiant. Il est urgent de se parler entre peuples et de proposer autre chose, au moins l’Europe pourrait-elle nous servir à cela dans les semaines à venir au lieu de punir sévèrement les méditerranéens.

XP

 

Publicités