Loups dans les pays méditerranéens

loup gris italien

loup gris italien

Dans notre imaginaire, le loup hurle la nuit à la nuit tombante dans les prairies de l’Ouest américain et dans les steppes de la toundra sibérienne. Images lointaines d’une nature formatée et aseptisée par les images de la télé. Pourtant, ils sont là. Dans les régions méditerranéennes françaises, il aura fallu attendre plus d’un siècle pour qu’il refasse parler de lui. Les Alpes du sud ont été les premières à accueillir des groupes en provenance d’Italie. Plus tard ces mêmes souches de loups ont traversé la vallée du Rhône pour partir à la conquête des Causses cévenols et autres secteurs du massif central. Bizarrement, cette famille de loups a même pris le soin de s’installer d’abord dans l’Est du massif pyrénéen avant que ses congénères ne s’intéressent au Massif Central. La Méditerranée n’est pas loin et par grand beau temps peut-être que certains d’entre eux ont vu les flots de notre mer.

Car de l’autre côté, un très ancien cousin à nos loups européens – qu’on a longtemps confondu avec un chacal – peuple encore (très difficilement) certaines régions de l’Atlas, jusqu’en Libye et en Egypte.

Ici en Egypte, il a même été vénéré dans l’antiquité, Oufouat le dieu à tête de loup était l’ouvreur de chemin.

Oufouat

Oufouat

A Rome, on ne peut passer sans l’histoire de Remus et Romulus, les jumeaux créateurs de Rome élevés par une louve qui ont même inspiré les architectes des Arènes de Nîmes en France. Ici un bas relief représente une louve allaitant deux enfants. Anecdote, cependant, cette louve nîmoise regarde contrairement à la représentation romaine les enfants ou peut-être la ville de Nîmes.

louve arènes de Nîmes

louve arènes de Nîmes

Depuis des âges immémoriaux, le loup a peuplé l’imaginaire, le religieux, le fantasmatique, l’inquiétude, la fascination.

Revenons à la rive européenne, l’Espagne et quelques secteurs frontaliers portugais abritent près de 2500 loups ibériques (Nord Ouest de la péninsule et Andalousie).  Il n’est plus qu’à quelques kilomètres de Madrid dans la sierra de Guadarrama. Comme partout en Europe les populations se stabilisent voire s’accroissent comme cela est le cas en Italie. En France, son retour pose des problèmes d’acceptation locale par les bergers et autres éleveurs. A tel point que même l’Etat vient d’autoriser des tirs sur les loups dans les zones du Parc National des Cévennes ! Bizarre pourrions-nous dire, le loup est protégé sur le plan européen par la convention de Berne et nous sommes dans le cœur même d’un secteur protégé. Les raisons sont simples, le bilan écologique du retour du loup serait néfaste. La pression sur les systèmes pastoraux ferait disparaître à brève échéance cette activité entraînant une fermeture des paysages et un appauvrissement au niveau de la biodiversité des Causses et autres prairies cévenoles. La présence du loup et des milieux ouverts steppiques ne serait possible qu’avec le retour d’un écosystème complet à savoir : présence de grands ruminants sauvages (et non des moutons), des loups pour équilibrer ces populations et nous aurions des plaines ouvertes comme dans certaines zones du Yellowstone. C’est évidemment impossible chez nous, les milieux sont trop imprégnés de présence humaine.

pastoralismePourtant en Espagne et en Italie, la cohabitation se fait. Loin des images idylliques, les éleveurs subissent aussi des pertes dans leurs troupeaux, leur colère est aussi forte et parfois même la poudre parle. Mais reconnaissons que ces pays ont su courageusement protéger ces grands carnivores à temps. A regarder de près, les systèmes pastoraux ne sont pas identiques à ceux adoptés dans les Alpes françaises, dans les Causses cévenols ou mêmes dans les prairies pyrénéennes. En France, l’orientation vers des systèmes extensifs pour la production de viande a été privilégiée depuis très longtemps. Les herbivores domestiques pâturent de grands espaces ouverts en été dans les alpages et l’hiver les éleveurs les rassemblent dans leurs bergeries où ils sont nourris à partir du foin récolté au printemps et en été. Avouons aussi que la présence humaine est moins nécessaire et que les troupeaux sont souvent livrés à eux même dans ces grands espaces. Dans les autres pays les troupeaux sont plus modestes, les éleveurs ont l’habitude de les gardienner et enfin et surtout les troupeaux producteurs de lait (brebis et chèvres laitières) sont rentrés tous les soirs dans des bâtiments pour la traite et donc à l’abri des attaques des grands prédateurs.

 La présence du loup est-elle possible dans les régions méditerranéennes ?

Au regard des statistiques démographiques, il sera difficile de trouver des espaces libres pour ces grands prédateurs. Il reste cependant des zones d’arrières pays montagneuses où la cohabitation serait envisageable moyennant de nouvelles formes d’activités agricoles et pastorales mais pas partout soyons honnêtes. On pourra continuer à raconter des histoires à nos enfants et à leur faire peur puisque les meilleurs pédopsychiatres nous conseillent de le faire. En vrai (comme disent les enfants), n’ayons pas peur des loups, ils n’ont jamais attaqué l’homme et sa fuite est sa première défense, alors avant de voir son pelage dans les prairies, il faudra être patient, très patient.

XP

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