Panem et circenses

Poète Juvénal

Poète Juvénal

 

Donnez leur du pain et des jeux disait le poète romain Juvénal au Ier siècle.

Pour le pain, on repassera mais pour les jeux pas besoin de l’Etat pour ça.

 

Certains socios (membres de clubs de foot en Espagne) abonnent leurs enfants avant de les baptiser ! Inutile de dire combien le foot est important en Espagne, largement, très largement devant les traditionnelles corridas. Si Juvénal demandait aux pouvoirs de donner du pain et des jeux du cirque aux gouvernants de l’époque, c’était pour avoir une paix sociale qui permettait aux dirigeants romains de conduire les politiques qu’ils souhaitaient sans se préoccuper du peuple. On pourrait comprendre. En Espagne, même les clubs de foot les plus prestigieux font tout pour favoriser cet attachement quasi à vie de bambins qui parfois même ne sont pas encore nés. Et tout ça sans contrainte, l’Etat n’y est pour rien.

Revivre chez ses grands-parents parfois avec moins de 1 000 € par mois (pour les plus chanceux), rechercher des emplois aussi rares que les huîtres perlières, n’apportent que des déconvenues et une tristesse qu’on peut chasser en allant voir l’Atletico de Madrid. Je connais cet attachement. Mon père écoutait sur un vieux poste les commentaires pleins de fritures sur les longues ondes des matchs de l’Atletico dans les années 70. Mais nous avions tous des projets et une soif de réussite sans être socio. J’ai du mal à imaginer que le maigre avenir de ces bambins espagnols se résume dans une carte à vie de membre d’un club de foot. Et les gars ! Et si on descendait des gradins pour y mettre toute cette énergie à repenser notre modèle économique, notre modèle social, notre modèle sociétal. Le foot est une respiration, un bol d’air frais certes, mais avec très peu d’oxygène.

 

Xavier Picot

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