Faut-il sauver le barbeau méridional ?

barbeau méridional

barbeau méridional

Faut-il sauver le barbeau méridional ?

Le barbeau a quelque chose de péjoratif dans nos villages du sud de la France pour désigner des proxénètes d’autrefois et aujourd’hui des crâneurs et des fanfarons. Je ne parlerai pas de ceux là. Par contre, le petit poisson qui vit dans les cours d’eau méditerranéens attire l’attention des scientifiques et des protecteurs de la nature. Son biotope est en danger et il risque de disparaître.

Faut-il pour autant le sauver ?

Ces torrents qui naissent dans le Massif central et s’épanchent dans les plaines languedociennes font parti de notre patrimoine commun. L’été, on se baigne dans les gours ou encore sous les arches du Pont du Gard et l’automne on regarde impuissant la folie de leurs crues meurtrières.

torrent cévenol

torrent cévenol

Images désuètes, on se baigne de moins en moins dans ces cours d’eau qui se sont petit à petit transformés en oueds. Le changement climatique est palpable, il s’installe sournoisement presque dans l’indifférence : des chaleurs caniculaires et sécheresses sévères en été qui assèchent pour plusieurs semaines ces rivières et des pluies torrentielles en septembre et octobre. Et ce phénomène se reproduit régulièrement, trop régulièrement. Dans ce contexte sont nées des politiques nationales et européennes qui veulent sauver désespérément ces milieux : la Directive Cadre sur l’Eau qui nous impose le « bon état écologique » ou encore la loi sur l’eau franco-française qui demande le respect des débits biologiques ou réservés que seul un club très fermé de scientifiques sait calculer. Pour y arriver, un arsenal de techniciens de rivière, de Syndicats et leur cortège d’élus, d’administrations locales, nationales et de services de police sont en place pour faire respecter ces textes pour sauver les rivières et même mieux si possible : les ramener à un âge révolu où les cours d’eau serpentaient les montagnes et les plaines en toute quiétude. Le tout, évidemment, aux frais du contribuable.

Comme tous ces fonctionnaires ne peuvent agir sur les vicissitudes du climat, on commence  réprimander fortement les usagers de cette eau pour en laisser un maximum pour le barbeau méridional et ses « collègues » de biotope : truite fario, chabot et j’oublie certainement les invertébrés et autres amphibiens inféodés à ces milieux. Certes, indirectement, en sauvant ces espèces, on préserve une eau de qualité pour les populations. Le raisonnement pourrait tenir. Mais est- ce que le combat et les moyens sont au bon endroit ? On pénalise, on réprimande, on verbalise tous les horribles prédateurs de l’eau : l’agriculture bien sûr mais aussi les plans d’eau de baignade, les industriels, les canaux, les jardiniers, etc. C’est tellement plus simple.

Malgré tous ces efforts la situation s’aggrave tous les ans. Aujourd’hui, il reste par exemple seulement sept kilomètres de linéaire sur le Gardon (département du Gard en France) de biotope favorable à la reproduction de la truite fario. Partout ailleurs, la température a trop augmenté et cette truite n’y reviendra plus naturellement. Alors, on dit trop souvent qu’il ne faut pas cumuler ce malheur à d’autres pressions et c’est pour ça qu’il faut continuer à limiter les usages de l’eau. Il ne s’agit plus de ça, j’affirme qu’il est trop tard et qu’il est inutile de perdre son temps à faire la police et à essayer de mettre en application des textes inadaptés à la situation. Il faut mettre nos faibles moyens publics vers d’autres priorités.

Le climat change, c’est une évidence. Même si tous les prélèvements s’arrêtaient du jour au lendemain, nos cours d’eau méditerranéens continueraient à s’assécher l’été et déchargeraient leur colère torrentielle en automne.

J’en suis le premier attristé, moi aussi, j’ai pêché les petites truites farios dans les torrents cévenols pendant ma jeunesse. Des espèces qui disparaissent ne doivent pas nous laisser indifférent. Le barbeau méridional a autant de valeur que l’ours polaire ou le tigre de Sibérie.

C’est un combat d’urgence et il faut le prendre comme tel.

retenues collinaires

retenues collinaires

Commençons à mettre plus de moyens publics à adapter les modes de prélèvements. Le stockage de l’eau qui tombe par trombe à l’automne est une priorité absolue si on veut maintenir un peu d’activité économique dans ces régions sans toucher aux rivières, la topographie des lieux permet de développer ces ouvrages. Et qu’on ne vienne pas dire que c’est de l’eau en moins dans la rivière ou je ne sais quelle autre sornette sur les risques sanitaires. Le stockage ne représente qu’une infime partie des eaux d’automne et d’hiver qui coulent en abondance durant ces périodes.

Il faudrait recréer des terrasses (avec ou sans culture peu importe). Juste pour retenir l’eau et que les sols la rediffusent lentement. Travail de titans, certes, qu’avait commencé nos ancêtres dans de nombreuses régions du monde et qui font leur preuve. Une réflexion d’urgentiste doit être portée sur la biodiversité. Aujourd’hui, des scientifiques abordent la question sans tabou, là où des grands écosystèmes ne peuvent être préservés dans leur intégralité il faut savoir mettre des priorités pour les espèces. Enfin, dernière arme : le froid ! Certains Etats ont commencé à stocker durablement des graines, des gamètes, des embryons dans des « congélateurs » en espérant un jour pouvoir remettre tous ces rescapés dans un milieu qui leur convienne.

Il ne s’agit pas d’une réaction défaitiste mais d’actions d’urgence comme on le fait par temps de crise mais je ne veux pas en oublier l’essentiel, il nous faudrait cesser de  brûler des tonnes d’énergies fossiles. Dire qu’on pensait que l’ère de ces énergies était derrière nous et que la transition était en marche. Dernièrement, j’ai lu que les Etats Unis prévoyaient  leur autonomie énergétique grâce aux ressources en gaz et huile de schiste dans leur sous-sol  et ce, pour plusieurs siècles. Malheureux barbeau méridional.

Xavier Picot

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